À la recherche de la liberté perdue
- Éditeur Square Enix
- Développeur Red Art Games
- Sortie initiale 9 déc. 2025
- Genres Action, Rôle
La notion de liberté donnée aux joueurs est l'une des questions prépondérantes dans l'industrie du jeu vidéo. Cette quête perpétuelle d'une liberté ludique est au cœur même d'une des sagas les plus importantes (bien que souvent oubliées) du catalogue de Square Enix. La sortie de Romancing SaGa -Minstrel Song- Remastered International nous offre l'opportunité de partir à la recherche de cet idéal.
L'histoire
D'une certaine manière, la notion même de joueur semble peu représentative de l'expérience (pourtant ludique) qu'offre Romancing SaGa -Minstrel Song- Remastered International. Ce joueur prend ainsi davantage le rôle d'écrivain, chargé d'imaginer la trame du pirate déchu Hawke, du noble Albert en désir de reconquête ou encore de la vie de la jeune Aisha. Si vaincre Saruin est effectivement le point final des huit voyages, il n'en est aucunement la finalité : comprendre les tragédies des héros d'antan de Mardias n'a pas plus de pertinence dans le récit que de partir à la recherche d'un trésor de pirate ou de traquer une momie ancestrale. Tel est le propre d'une saga littéraire : caractéristique propre qui consiste en une multitude d'intrigues ou d'événements narratifs qui se succèdent au gré des personnages et des époques.
Le principe
Un sens agréable de l'urbanisme dans ce Romancing SaGa, peu égalé à son époque de sortie.
Le monde de Mardias est riche, d'une cohérence admirable d'un continent à un autre, mais c'est une fois de plus aux joueurs-écrivains d'en élaborer un sens. Il n'y a qu'un nombre très limité de cinématiques ou séquences narratives pour faire avancer directement la trame. Les directions vers une fin possible ne sont ainsi que suggérées au détour de quelques dialogues dans des tavernes ou avec des habitants des nombreuses villes (toutes plus magnifiques les unes que les autres) qui établissent la géopolitique de cet univers. Livré à lui-même, le protagoniste de Minstrel Song n'a guère d'autre choix que de sociabiliser avec autrui pour survivre dans un monde aussi hostile que parfois incompréhensible.
Le système de jeu
Le positionnement de son équipe est primordial dans ce système de combat.
La fuite devant un ennemi en combat est donc une véritable option à considérer, non une fatalité qu'il faudra à l'avenir surmonter. Minstrel Song nous rappelle ainsi que fuir, c'est prendre son courage à deux pieds. C'est bien ici que repose toute sa force narrative et ludique : le choix. Faut-il combattre pour acquérir des techniques permettant aux personnages de gagner en aisance, technicité ? Ou faut-il fuir afin de gagner du temps sur certaines quêtes et événements ? Telle est la question essentielle des différentes aventures et parties de Romancing SaGa, un titre dont l'expérimentation demeure la première clé de compréhension.
Une expérimentation par l'échec, qui exige du joueur-écrivain de tenter, de s'aventurer dans certaines directions sans nécessairement avoir la conviction requise pour réussir. Cette démarche empirique du gameplay passe ainsi par d'incessantes visites vers les écrans de menu du titre, visites par lesquelles le joueur devra conscientiser le positionnement de son équipe avant même de trouver la bonne arme ou le bon bouclier dont s'équiper. Plus que l'aptitude et la connaissance du RPG à la japonaise, c'est bien une forme d'adaptation à toute épreuve qui est requise pour avancer dans Romancing SaGa.
Pour qui ?
Un écran que les joueurs verront très très fréquemment, pour le meilleur comme pour le pire.
C'est peut-être sur cette force indéniable que Minstrel Song laissera de nombreuses personnes sur le carreau. Prétendre qu'il est difficile de recommander le titre de Square Enix est sans doute un commentaire un peu osé, surtout auprès des aficionados de la marque qui souhaiteront, nul doute, découvrir tout un pan historique de la firme. Pour autant, cette autonomie et liberté totale a un coût : celle d'une compréhension fine de mécaniques ô combien complexes. Il n'est, en effet, pas aberrant de prétendre que le jeu ne cherche pas à expliciter son univers – une remarque tout aussi pertinente au regard du monde de Mardias que du gameplay du jeu. Si les tutoriels sont légion, ils sont aussi volontairement flous, afin que le joueur comprenne de lui-même ce qui est attendu ; que le joueur saisisse par la tentative, mais également par l'échec la manière de concevoir le système du tour-par-tour.
L'anecdote
Aisha, une des huit protagonistes de cette longue aventure.
De la même manière, si je ne peux présenter cela comme un défaut au regard de mon appétence pour les jeux de rôle japonais, il faut aussi accepter une certaine légèreté de ton, que beaucoup qualifieraient de naïveté dans l'écriture. Cela en dépit des thématiques politiques difficiles, à l'instar de l'esclavagisme ou du racisme. Une certaine insoutenable légèreté de l'être pour ceux ayant une aversion aux JRPG. Malgré son approche unique, Romancing SaGa -Minstrel Song- Remastered International demeure un JRPG dans tout ce que cela implique, jusqu'au doublage anglais d'une bien piètre qualité. Si le genre est dans votre ADN tel que dans le mien, il ne faut surtout pas hésiter à foncer (ne serait-ce que pour s'essayer à un classique dès lors oublié). Pour les autres, pas sûr que la lecture de ces paragraphes aura réussi à les convaincre.
- Une approche unique de la liberté dans le jeu et le JRPG plus précisément
- Un système de combat aussi complexe que rigoureux
- La gestion du temps et des événements, une progression aussi unique que malléable
- Une identité narrative comme esthétique qui n'a rien perdu de sa superbe, 21 ans après
- Confus pour rien dans l'explication des différents événements et mécaniques
- Certains moments à vide, parfois longs
- Un doublage anglais médiocre, absurde dans certaines séquences
Faisant de l'observation et de l'exercice de la contemplation du monde la raison même du voyage, Romancing SaGa -Minstrel Song- Remastered International offre une véritable bouffée d'air frais. Célébrant ses 21 ans, le jeu de Square Enix apporte des pistes de réflexion sur comment penser, voire à de nombreuses reprises conceptualiser et concrétiser cette liberté tant désirée, voulue. Un tour de force pour le genre, mais un tour de force également qui en laissera plus d'un joueur sur le bas-côté – la faute à des mécaniques complexes, exigeantes tout autant dans leur mise en application que dans la compréhension de ces dernières. Minstrel Song s'impose comme un véritable genre incontournable, pour joueurs avisés et aguerris, en manque de cette "rigueur expérimentale" qui était, d'antan, la marque de fabrique du géant japonais.