Test | Tides of Tomorrow
21 avr. 2026

Le vent en poupe

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Tides of Tomorrow

En 2021, DigixArt a marqué les esprits avec son proto-roguelite narratif Road 96. Friand d'idées farfelues, le studio s'était déjà essayé à un concept fort : une narration procédurale sous forme d'embranchements qui fonctionnait du tonnerre. Un pari réussi qu'ils décident de réitérer dans un tout nouvel univers assurément post-apocalyptique, et à l'esthétique – du néologisme des créateurs en personne – plasticpunk. Nouveaux enjeux et nouveau concept, la sortie de Tides of Tomorrow est un moment clé pour le studio montpelliérain. DigixArt doit prouver définitivement qu'il sait y faire en termes d'artisanat vidéoludique après le succès de leur précédent jeu.

L'histoire

Tides of Tomorrow porte très bien son nom. Les vagues d'aujourd'hui seront les tsunamis de demain, pour le meilleur et pour le pire (on espère le meilleur). Vous êtes un tidewalker, sorte d'humain prophétique miraculeusement retrouvé au milieu de l'océan. Cependant, les symptômes vous rongent ; vous êtes atteint de plastémie. Dans cet univers où la mer a recouvert la planète, les îles de plastique sont autant le salut que le fléau de l'humanité. Les plus privilégiés oppressent les plus démunis et s'approprient l'unique remède au mal qui ronge le peuple et transforme sa chaire en plastique : l'Ozen. Vos actions et vos choix ne sont, ici, pas sans conséquences, et c'est à vous qu'il incombe de renverser la vapeur.
Les vagues d'aujourd'hui seront les tsunamis de demain

Le principe

Une île faite de plastique, aussi belle qu'effroyable !

L'idée même de Tides of Tomorrow est intrinsèquement narrative. Tous les pans de jeu sont, probablement volontairement, assez archétypaux pour valoriser le concept central : le Online Story-Link. « Les actions des joueurs qui vous ont précédé détermineront le cours de votre aventure […], et vos choix affecteront l'histoire [des autres joueurs]. » Vous allez choisir le lieu où vous rendre ; une île pour y vivre une aventure ; un événement océanique pour y récupérer quelques ressources. Peu importe votre choix, vous allez suivre les traces d'un ou d'une autre tidewalker, un joueur ou une joueuse vous ayant précédé. C'est maintenant le cœur de l'aventure. Vous allez parcourir avec une agréable liberté un lieu impacté par votre homologue, faire des rencontres de personnages hauts en couleur, et laisser votre trace aux suivants.


Dans sa forme à court-terme, Tides of Tomorrow est très simple. Vous allez visiter des environnements, lire des notes et discuter avec des personnages non-joueurs. Parfois, vous allez vous infiltrer, fuir, éviter des obstacles, faire une course, mais toujours avec simplicité. Néanmoins, ce n'est pas un défaut puisqu'il ne rentre pas, de cette manière, en conflit avec le Story-Link. Cette mécanique est suffisamment forte pour porter le jeu tout entier. Il est à noter le retour de certaines mécaniques de Road 96, comme le très chouette système de barre de colère dans certains dialogues. Celui-ci accentue très justement la tension d'une scène.
La mécanique de Story-Link assez forte pour porter tout le jeu

Le multi

Les actions des tidewalkers peuvent se révéler utiles.

Tides of Tomorrow est une chimère, entre le jeu solo narratif et le jeu multijoueur. Sans directement jouer avec quelqu'un d'autre, vous allez suivre son fantôme et les traces qu'il a laissées sur son passage. Peut-être a-t-il fragilisé un pont ou irrité les services d'ordre qui seront alors en état d'alerte ? Une mécanique de jeu vous permet de revoir certains échos de cet autre tidewalker. Pour incorporer plus de lien, vous avez aussi possibilité de communiquer avec vos successeurs à l'aide d'un panel d'emotes.


Vous allez ainsi observer les actions d'autrui, comme autrui observera les vôtres. Une dynamique qui renforce les dilemmes pour la simple et bonne raison que vos choix pourront être remarqués par d'autres. À vous d'assumer vos actes et l'image que vous souhaitez renvoyer, tout en faisant votre possible pour rester en vie. Un équilibre qui ne va pas forcément dans le sens de votre volonté, et une expérience d'interprétation unique dans le jeu vidéo. Votre profil est tagué de titres résumant votre état d'esprit : pro-humanité, fauteur de troubles, survivaliste, et d'autres. Un vrai sentiment de communauté s'en dégage.
Serez-vous un salaud, ou un altruiste ?

Pour qui ?

Les séquences d'infiltrations sont très mécaniques, mais fonctionnelles.

Si vous avez joué à Road 96, vous ne serez pas complètement perdu par le concept du Story-Link. Celui-ci est tout de même bien introduit, et vous allez trouver vos repères. Mais Tides of Tomorrow n'est peut-être pas à laisser entre les mains du néophyte. Ce sont bon nombre de mécaniques, parfois non conventionnelles, et beaucoup de personnages qui sont introduits rapidement. Mais selon l'adage du genre, il reste plaisant à partager à plusieurs sur son canapé. La mécanique forte du titre de DigixArt fonctionne du tonnerre et entraîne un méta-jeu assez naturel ; partager avec vos collègues ou camarades vos aventures ; fustiger vos amis d'avoir pris tout l'Ozen sur une île plutôt que de vous en laisser une dose. Tides of Tomorrow se joue pendant et après vos sessions de jeu.
Tides of Tomorrow se joue pendant et après vos sessions de jeu

L'anecdote

Le paysage semble paisible, mais l'océan n'est pas votre ami.

À l'ère de l'accumulation de plastique dans les océans et de l'eau contaminée par des polluants éternels, Tides of Tomorrow est une évidence. Sans pour autant nous porter individuellement un jugement, j'ai trouvé le traitement de cette question subtilement nuancée. Le climat et notre planète sont des enjeux majeurs qui ne sont finalement que peu mis en scène par le jeu vidéo. Terra Nil tente de la résoudre ; Les Sims 4 l'évoque ; ECO en joue. Mais les propositions se comptent sur les doigts d'une main, ou restent de niche.
Avec son propos écologique, Tides of Tomorrow est une évidence

L'interview

La plastémie n'a pas de pitié.

L'équipe de DigixArt est passée derrière notre micro il y a quelques mois pour un entretien vivement recommandé pour découvrir l'expérience Tides of Tomorrow. Yoan Fanise et François Nöel nous parlent des inspirations pour leur univers plasticpunk, de level design ou encore de l'exceptionnelle bande-son de Tides of Tomorrow.

Pour prolonger cet article
Les Plus
  • Le concept du Story-Link fonctionne excellemment bien
  • Un vrai sentiment de communauté
  • L'univers plasticpunk somptueux
  • Une excellente bande originale
  • Une sensation de liberté
Les Moins
  • Un peu touffu sur ses débuts
Résultat

La plus grande réussite de Tides of Tomorrow, c'est de démontrer que l'équipe de DigixArt possède une patte bien à elle. L'expérience ne ressemble à aucune autre si ce n'est, logiquement sur certains points, à son grand frère Road 96. Avec beaucoup d'ambitions et d'autant plus de risques, Tides of Tomorrow offre un concept tout simplement inédit : le Online Story-Link. Votre partie est impactée par d'autres joueurs, et vos actions impactent celle des autres. Le cœur de jeu fonctionne avec brio, avec une réalisation splendide. Esthétiquement, DigixArt met en scène avec émerveillement et effroi un monde fait de plastique. Le message écologique est on ne peut plus clair. Avec tout ça, aucun mot n'a été dit sur la musique. Mais voici une autre signature du studio : la bande-son est exceptionnelle !

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