Test | Maseylia : Echoes of the Past
21 juin 2026

La poétique de l'imperfection

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Maseylia

De George Lucas à William Gibson, sans oublier Hayao Miyazaki, nombreux sont les artistes à avoir été nourris par l'imaginaire de Jean Giraud (plus connu sous son pseudonyme d'illustrateur Mœbius). Les œuvres de l'homme se retrouvent pour ainsi dire partout : au cinéma, dans la littérature ou la bande-dessinée. Néanmoins, c'est par le jeu vidéo que le jeune studio français Sol Brothers (composé d'une petite équipe, principalement familiale) nous propose avec Maseylia : Echoes of the Past d'apporter une lecture nouvellement ludique à cet esthétisme ô combien unique. Aussi imparfaite soit ladite lecture.

L'histoire

Il est de ces titres où la simple observation du monde qui entoure l'avatar du joueur en dit somme toute plus que les dialogues ou la narration. Maseylia : Echoes of the Past fait partie intégrante de cette démarche : une fois la première (jolie) cinématique visionnée, le joueur est directement projeté dans l'imaginaire du développeur et des artistes du studio Sol Brothers. « Ton père aurait dû être de retour au camp depuis plusieurs jours... », telle est la première tirade du jeu. Sobre, efficace, pas la peine d'en dire davantage donc. Il suffit de ce simple état de fait pour que l'aventure démarre : sans fanfare, tout en silence.


De la recherche de l'être perdu en découle une quête de compréhension de cet univers vaste, en apparence sans fin à explorer. Bravant les dangers, surmontant les obstacles (plutôt créatifs) de plateforme, notre avatar est le seul conteur de son voyage. C'est dans la contemplation, puis l'observation de ce terrain de jeu que Maseylia puise la force évocatrice de ses thèmes. Les paroles des "habitants" que le joueur est amené à rencontrer sont cryptiques (sachant visiblement beaucoup, mais disant volontairement peu), même constat au regard des quelques stèles qui parsèment les différents environnements : poétiques dans le propos, à quiconque les lisant d'en tirer ses propres conclusions.


Dans son postulat somme toute classique, Maseylia fait confiance au joueur en lui donnant progressivement (en discrétion et parcimonie) les clefs pour faire sens d'un monde laissé à l'abandon. Une philosophie sans fil rouge proprement défini qui fera le bonheur des uns, mais aussi peut-être le désintérêt complet des autres.
L'habitant de l'infini

Le principe

Le jeu invite constamment à la contemplation de son grand terrain de jeu.

Pour Victor Abresol, réalisateur de Maseylia : Echoes of the Past, l'art de Mœbius s'apparente, manette en mains, à du Metroidvania : mot valise entre les franchises Metroid de Nintendo et Castlevania de Konami que l'on utilise pour désigner les jeux à l'exploration labyrinthique. Âpre de prime abord, l'expérience n'en devient que plus facile (de fait "plaisante") au gré des découvertes, puis des objets et équipements récupérés. Du genre, Maseylia en saisit tous les tenants et aboutissants, appliquant à la lettre (et en 3D) cette formule si bien rodée par-delà le temps et les jeux s'inscrivant dans cette mouvance. Victor Abresol ne s'en cache d'ailleurs pas : les inspirations pour le développement de son jeu ne sont autres qu'Hollow Knight et Metroid Prime premier du nom. Rien que cela.


Double-saut, grappin, "dash", absolument tout y est dans les différentes améliorations que le joueur récupère d'un biome à l'autre. Du Metroid pur jus, mais en 3D. Dans ses mécaniques, c'est d'ailleurs sur ce choix dimensionnel que repose l'unique différence majeure entre Maseylia et ses contemporains de la scène indépendante du jeu vidéo. Du Metroidvania en 3D, cela n'a rien de novateur en soi ; force est de constater que cela se fait plus rare sur le marché vidéoludique, encore plus lorsqu'il s'agit d'un titre indépendant. Pour incarner Mœbius à l'écran, Victor Abresol et sa petite équipe ont fait le choix de la profondeur : un univers gigantesque se dresse devant le joueur, un vide assourdissant au cœur de ce voyage initiatique. Un esthétisme magnifique, poétique à bien égards, à défaut de le rendre parfaitement lisible sur certains biomes visités.


Tel est par ailleurs le grand défaut de Maseylia : si le genre du Metroidvania fait de la rigueur son grand précepte, la production de Sol Brothers en manque cruellement parfois. Les errances au cours d'une partie peuvent être nombreuses, provoquant souvent une frustration certaine face à des sauts approximatifs, quelques soucis techniques (notamment dans la fluidité de l'action montrée à l'écran) et l'impression de traverser de grandes zones somptueuses certes, mais souvent faites de "vide", voire de "rien". Maseylia laisse libre court à l'imagination du joueur dans sa manière d'appréhender l'univers : pour le meilleur (se perdre d'un biome à l'autre, poétiquement comme littéralement) comme pour le pire (confus dans la manière d'arpenter ce monde).
Perdu dans les limbes des biomes

La progression

Nombreuses sont les améliorations qui permettent à l'avatar de mieux appréhender ce monde.

Porté par les magnifiques compositions, tout en sobriété, de Zach Fitzgerald, l'univers esthétique "à la Mœbius" est l'élément qui permet à Maseylia : Echoes of the Past de tirer son épingle du jeu face à une concurrence rude dans le genre du Metroidvania. L'on en oublierait presque les soucis évoqués au paragraphe plus haut une fois à l'intérieur des plus beaux biomes que le titre met en valeur. Au nombre de six au total, le vaste monde interconnecté de Maseylia ne fait pas figure d'originalité dans la nature dépeinte : le marécage, les montagnes enneigées, l'océan à perte de vue, le temple abandonné, etc. Des zones récurrentes pour quiconque ayant, jadis, fait l'expérience des grandes pontes du genre comme du média vidéoludique dans son ensemble. Cependant, cette familiarité environnementale prend tout son sens lorsqu'elle y est repensée avec le coup de crayon caractéristique du grand Jean Giraud, alias Mœbius. L'on revisite ce marécage sous une couche de surréalisme, somptueux dans l'immensité de la faune qui le compose ; l'on grimpe ces montagnes enneigées qui en deviennent vertigineuses ; l'on nage à travers cette entité mystique que devient l'océan, aussi effrayant qu'infini.


Ainsi, il est plutôt regrettable de constater que Maseylia : Echoes of the Past ne fasse pas davantage le parti pris de l'observation "pacifique" comme sa grande mécanique centrale. Certes, il aurait peut-être été difficile d'imaginer un jeu labyrinthique entier (d'une dizaine d'heures pour le parcourir une première fois) sans ennemi à affronter, ni boss à conquérir. Ceci étant dit, les combats contre ces derniers sont pour le moins "quelconques" au mieux, "terriblement vains" dans le pire des cas. La palme de cela revient tout particulièrement aux affrontements contre les différents boss qui ne prennent qu'à peine quelques secondes. Certes imposants, à l'image du monde qu'ils habitent, lesdits monstres peinent à se différencier les uns des autres.


Pire encore, rien de plus simple que d'abuser de leur facilité partagée en équipant certains nombres de "charms" (outils permettant d'améliorer les performances physiques, la vie ou encore les attaques de notre avatar). Faisant écho à la mécanique d'Hollow Knight, ces "charms" apportent peu à l'expérience de Maseylia : on prend moins de dégâts, on en cause plus, il est vrai ; mais cela ne transforme pas d'une manière significative notre progression dans ce monde. Par conséquent, cela n'apporte donc pas grand-chose, si ce n'est que de rendre "triviale" une simple distraction qui n'est pas bénéfique à la production du studio Sol Brothers. Un beau tableau parsemé de points noirs ici et là, dont Maseylia aurait pu aisément se passer en embrassant davantage son postulat méditatif.
Une infinité de jours et de nuits

Pour qui ?

Faire sens du monde majestueux qui entoure notre avatar, telle est la raison principale du voyage.

Entre contemplation, exploration et combat, Maseylia : Echoes of the Past aurait donc de quoi ravir les amoureux du Metroidvania, surtout avec cette promesse de parcourir les environnements en 3D, ce qui permet de sortir quelque peu du lot. Pour autant, c'est aussi ce classicisme dans la proposition qui risque de lui faire un peu défaut. Un combat trop minimaliste, une proposition parfois trop proche aussi de ses contemporains ; reste alors son univers mystique, à laquelle on adhère ou non. C'est très simple : Maseylia est un jeu d'esthète, dont la poésie et la poétique ne dépendront que de l'intérêt porté par le joueur pour les travaux de Mœbius ; du moins, de l'intérêt porté par et pour cette lecture des œuvres de l'artiste. À l'image du monde interconnecté de Maseylia, le corpus de Mœbius est large, vaste. Le premier titre de Sol Brothers n'en aborde qu'une petite partie, avec une approche de celle-ci bien propre à lui.


Pour celles et ceux qui y seraient réceptifs, nul doute que Maseylia saura les conquérir avec une certaine aisance. En ce sens, le jeu est une réussite, mais cette réussite se fait à petite échelle. Un titre "niche" pour un public d'aficionados. Difficile de reprocher à Victor Abresol et son équipe ce parti pris, tant le contrat et toutes les promesses qui en suivaient ont été remplies. Le jeu saura satisfaire son audience visée. Néanmoins, compte-tenu de la nature du parti pris, l'on aurait sans doute aimé que Maseylia aille encore plus loin dans sa proposition contemplative. De l'attention portée à la nature de Maseylia, nul doute que l'on aurait pu encore en faire davantage sans en dire trop dans cette démarche anagogique de la narration.
L'appel du vide
Les Plus
  • Un bel hommage d'esthète aux illustrations de Mœbius
  • Une exploration en 3D qui parvient à reproduire la profondeur des travaux de l'artiste
  • Une compréhension certaine de ce qui fait le sel d'un Metroidvania
  • Les compositions de Zach Fitzgerald, entre "beauté" et "sobriété"
Les Moins
  • Un titre qui aurait pu aller plus loin dans la "méditation" de son univers
  • Un manque de lisibilité évident sur certains biomes
  • Sans grande rigueur dans la mise en application de certains préceptes et principes du genre
  • Des affrontements contre ennemis et boss ratés, peu nécessaires à l'équilibre du jeu
Résultat

Jean Giraud pensait le désert, de fait le "vide", comme une étendue au sein de laquelle tout repose sur un « personnage qui déambule et qui se pose des questions ». C'est à partir de ce postulat très simple que Maseylia : Echoes of the Past cherche à proposer une démarche ludique aux travaux de l'artiste. Une approche poétique, réussie, mais non teintée d'erreurs et d'errances qui risquent d'agacer plus d'un joueur habitué à une certaine rigueur du genre. Pourtant, c'est aussi de ses errances que Maseylia parvient, envers et contre-tout, à dégager un charme indéniable, ce "je-ne-sais-quoi" propre aux titres les plus aimés. C'est donc moins la recherche de la perfection que la tolérance à une imperfection qui permet à une œuvre d'en devenir plus "poétique". À méditer.

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