On est faon
- Éditeur Dear Villagers
- Développeur LifeLine Games
- Sortie initiale 23 juin 2026
- Genres Aventure, Plateformes
Fondé en 2021 par Jayson Houdet, vétéran de l'industrie, le studio parisien Lifeline Games a une ambition clairement affichée : raconter des histoires qui touchent, en concevant des jeux comme des films d'animation jouables. Avec Deer & Boy, leur première production éditée par Dear Villagers, ils s'attaquent à un genre balisé – le platformer cinématographique en scrolling horizontal – mais le font avec une sincérité et une finesse qui désarment. Un petit garçon, un faon, une nuit de fugue et une substance fluorescente terrifiante : vous voilà prévenus.
L'histoire

À mesure que l'aventure avance, une mélancolie sous-jacente s'installe et prend tout son sens dans les derniers niveaux. La fin, éclairante et légèrement métaphysique, traduit un cheminement intérieur chez le héros avec la subtilité nécessaire. Si vous êtes familier de ce type de production, le scénario ne vous surprendra pas, mais sa réalisation, elle, laisse une impression durable.
Le principe
Vous faire repérer est directement synonyme de "game over". Soyez discret.
Deux êtres perdus se trouvent sous un abri de bus, sans un mot – et vous voilà déjà attaché à eux pour toute l'aventure.

La mécanique centrale repose sur la relation évolutive entre le garçon et le faon. D'abord transporté dans un sac à dos – ce qui réduit votre capacité de saut –, l'animal doit parfois être posé au sol pour que vous puissiez explorer les environs et faciliter la progression à deux. Petit à petit, il s'émancipe et vous pouvez lui confier des actions spécifiques, comme se faufiler sous un grillage pour actionner un levier hors de portée. Le jeu a même le bon goût de récompenser cette complicité croissante d'un trophée sobrement intitulé "Metal Deer Solid" – et franchement, il le mérite. Et puis il y a la substance : un liquide fluorescent gluant, issu d'un incident surnaturel impliquant un sanglier percuté par une voiture, qui transforme la promenade en course contre la montre. Vous pouvez la traverser, mais y rester trop longtemps est fatal. La lumière devient alors votre meilleure alliée – elle repousse la mélasse et protège votre compagnon à cornes. Côté rythme, des séquences de courses-poursuites viennent régulièrement le relancer.

L'influence de Heart of Darkness se fait sentir à mi-aventure avec l'apparition de créatures cyclopéennes qui projettent des rayons laser mortels – concept habilement inversé par rapport au jeu culte, où c'était le héros qui tenait ce rôle. On retrouve aussi l'ambiance caverneuse caractéristique dans les passages souterrains. Le game design des derniers niveaux, plus ambitieux, est à la hauteur des enjeux.
L'emballage
Un jeu avec des aurores boréales est forcément un jeu charmant !

On pense inévitablement à Limbo et Little Nightmares pour l'esprit, à ICO et The Last Guardian pour la relation au compagnon – mais l'ambiance est moins dark, magnifiquement poétique, et accessible à un public large. Sans dialogues, la bande sonore et le langage visuel portent l'intégralité de l'émotion, et ils s'en acquittent avec beaucoup de justesse.
Pour qui ?
La lumière sera votre salut. Dirigez-la vers la mélasse violette pour dégager la route.

L'absence de dialogues, loin d'être un handicap, renforce cette dimension : elle met en valeur chaque interaction non verbale entre les deux protagonistes, et rend l'aventure accessible à tous les âges. Les plus jeunes y verront une belle histoire d'amitié ; les adultes y percevront des couches plus profondes sur la résilience et le cheminement intérieur. Les joueurs en quête de défi hardcore passeront peut-être leur chemin, mais tous les autres seront en terrain conquis.
L'anecdote
Ce lien unique entre les deux héros va souvent leur être salvateur.
- La relation entre le garçon et le faon, touchante et crédible du début à la fin
- L'absence de dialogues, qui magnifie chaque interaction non verbale
- Une direction artistique soignée, des mouvements de caméra inventifs
- La mécanique de la lumière contre la substance – simple, efficace, angoissante
- La montée en puissance du gameplay au fil de la progression du faon
- Des séquences marquantes (le drame initial, la salle de l'appel, la montagne)
- Un game design des derniers niveaux particulièrement réussi
- Des trophées qui ont de la personnalité (Metal Deer Solid, les crédits)
- Quelques moments de lisibilité imparfaite : difficile d'identifier les éléments interactifs du décor
- Un scénario sans vraie surprise pour les habitués du genre
Deer & Boy est une réussite sans fausse note. Lifeline Games signe un premier jeu qui tient toutes ses promesses : poétique, touchant, habilement construit, et capable d'émouvoir sans jamais tomber dans la facilité. L'aventure mêle platformer, infiltration, puzzles et séquences d'action avec une fluidité qui ne se relâche pas, portée par un lien entre les deux protagonistes qui n'a pas besoin d'un seul mot pour exister. On pense à Limbo, à Planet of Lana, à ICO – mais Deer & Boy a sa propre voix, douce et mélancolique, qui fait du bien. Un jeu que l'on recommande les yeux fermés, surtout si vous avez la fibre poétique et que les histoires silencieuses vous parlent plus que les grands discours. Et si vous doutez encore de l'état d'esprit du studio, sachez qu'il existe un trophée final intitulé "Merci d'avoir regardé les crédits jusqu'au bout" – parce que très peu de joueurs prennent le temps de saluer le travail de toute une équipe. Ce genre de petit geste, ça dit tout.